Le Martyre de Bouval

 

 

Vie de l'abbé François Filiol

La Statue: Le plus Haut des barriacois

 

 

 

 

Vie de l'abbé François FILIOL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

François Filiol, né à Bouval le 22 août 1764 d’une famille de cultivateurs, est le 11ème enfant sur 14. Sa mère Catherine Armand était très pieuse. Il fut baptisé à Pléaux, paroisse dont dépendaient alors les trois villages de Bouval, Loudiès et Vayssières, en l’église Saint Sauveur. Il eut une éducation plus approfondie que ses frères, et alla à l’école chaque jour puis il fit sa première communion en 1775 et après cela, un jour il dit à sa mère « Mère, je veux être prêtre », mais sa mère le savait déjà et en était fière. Puis à 15 ans il partit pour le collège de Mauriac. C’est en 1781 que la mère de François mourut à l’âge de 56 ans, laissant 10 orphelins, quatre de ses enfants étant morts. En 1786, il rejoignit le grand séminaire de Clermont-Ferrand et en 1789 il est ordonné prêtre.

A 24 ans, il revient sur sa terre natale où il retrouva son père pauvre et affaibli. Pour l’aider à nourrir et vêtir ses frères et sœurs les plus jeunes, l’Abbé François Filiol se rend comme précepteur des enfants Ternat-Lapleau à Mauriac auprès de laquelle il restera un peu plus d’un an.

En octobre 1790, il est nommé à Drugeac comme vicaire du curé Delzors, originaire  lui-même de Nozières de Pléaux.

Mais bientôt la Constitution Civile du Clergé arrivait avec ses contradictions par rapport au principe fondamental de l’Église catholique.

Bien sûr l’Abbé Filiol refusa de prêter serment et décida de rester dans sa région natale car il ne voulait pas abandonner ses fidèles pour l’exil en Espagne. A partir de ce moment là l’Abbé ne cessa d’être traqué et dut sans cesse se cacher pour échapper aux perquisitions de la gendarmerie. Aussi à l’étable, son père avait confectionné une cachette où il se réfugiait grâce à une trappe dans le plancher de la grange (sous une meule de foin) qui donnait à un recoin exigu et malsain. Il se réfugiait également dans les forêts de l’Auze près de Brageac où d’ailleurs la courageuse Catinon-Menette lui évita la mort en le faisant passer pour un ivrogne. Il était obligé de changer de caches pour ne pas mettre en danger la vie de ceux qui l’aidaient, aussi il se retirait dans les bois et les gorges de la Maronne près d’Enchanet avec 2 autres prêtres réfractaires l’abbé Pomeyrol et l’abbé Couderc.

Mais il se rendit à nouveau à Bouval où il savait la mort l’attendait. Cependant grâce à une population locale dévouée et la loyauté de gendarmes tels que Bayle et Jammeton, il échappa souvent aux perquisitions des gendarmes.

Enfin le 8 mai 1793, sur une indication ou un imprudent bavardage, la brigade de gendarmerie de Pléaux au grand complet se rend à Bouval. Bayle et Jammeton se proposent pour aller fouiller la grange… Ils aperçoivent l’abbé qui n’a pas eu le temps de rejoindre sa cache souterraine, lui font signe de s’abriter derrière un tas de foin, et ressortent en assurant aux autres qu’il n’est pas là.

Mais une servante indélicate qui avait assisté à la scène, proteste et assure « sur sa tête » que le proscrit est bien là. Les autres gendarmes fouillent la grange, trouvent le malheureux et se saisissent de lui, devant les habitants du village, rassemblés, consternés et furieux : il n’y que cinq gendarmes et ils sont plus de trente !

Les paysans veulent libérer leur abbé.

C’est lui qui va les calmer et les apaiser.

« La France est coupable, leur lance-t-il, il faut du sang de martyr pour apaiser la colère de Dieu »

A partir de ce moment-là l’Abbé Filiol fut ballotté de brigade en brigade et on essaya de le convaincre de prêter serment mais il refusa. Aussi le jeune prêtre fut condamné à mort et son exécution prévue dans les jours qui suivaient le 14 mai 1793.

L’échafaud se mit en place derrière le chevet de l’Église Notre Dame des Miracles à Mauriac. Le condamné arriva entouré de gardes, tout proche de lui Catinon-Menette le suivait car elle aurait été prête à tout si elle avait pu le sauver. Il grimpa les marches de l’échafaud avec dignité et regarda une dernière fois Catinon-Menette. Puis il dit à son bourreau « Tenez, prenez ceci, vous me rendez un grand service » en lui tendant quelques assignats. Quelques instants après sa tête roula sur l’échafaud, et Catinon-Menette resta seule pour prier et récupérer ses derniers biens. A 29 ans l’Abbé Filiol a sut aller au bout de ses convictions et n’a jamais renoncé à son idéal.

Horrible complément à l’exécution : Antoine Filiol, père de l’abbé, arrêté pour complicité le 11 mai, et jeté au cachot à Salers, refusa de s’alimenter à l’annonce de la mort de son fils, son esprit chavira ; il perdit la raison et, bien que libéré quelques jours plus tard, il mourut à son tour peu après.

 

Voici le texte du serment que devaient prêter les ecclésiastiques selon les décisions des Assemblées Constituante puis Législative : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés, d’être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décidée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le Roi »

 

Ce serment, qui paraît sans gravité et même plutôt anodin, est, à l’examen, lourd de conséquences potentilles. En effet, la Foi, des Dogmes et de la Vérité révélée ne sont pas explicitement placés à l’abri de la loi. De fait, peu après, le culte chrétien, était officiellement et légalement instauré et encouragé.

De plus, la « Constitution Civile du Clergé » exigeait aussi l’élection des curés, vicaires et évêques par les « citoyens ». On voit bien que tout cela était inacceptable pour l’Église.

 

 

 

Haut de page

 

 

 

La Statue :  Le plus Haut des barriacois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est connu de tous les habitants des cantons de Pléaux et de Mauriac. Les barriacois savent l’essentiel de l’histoire de sa vie et sont allés, pour la plupart, à plusieurs reprises saluer ce personnage de 3 mètres 70 de haut installé depuis 105 ans maintenant au plus haut point du canton : le sommet du Puy de Bouval qui culmine lui-même au sol à 730 mètres.

Mais cette statue monumentale de l’abbé Filiol, érigée en 1896, bien peu d’entre nous en possèdent les détails exacts. Nous les avons glanés pour vous au long des 200 pages du rare ouvrage de l’abbé Maximin Lalande paru sous le titre de "La statue de l’abbé Filiol" en 1900 à la Librairie Moderne d’Aurillac.

Voici donc les précisions concernant ce monument le corps de l’abbé Filiol, en fonte recouverte (à l’origine d’une couche de bronze) a été coulée à la Fonderie de Tussey prés de Vaucouleurs dans la Meuse. Elle est l’œuvre de M.M. Dufilhol et Chapot. L’opération se fit le 11 juin 1896 en présence de Son Excellence Monseigneur Pagis, alors évêque de Verdun en Tarentaise, bien connu comme apôtre de Jeanne d’Arc et lui-même originaire de Chaussenac (son buste en marbre figure prés de la porte de la sacristie de l’Eglise de Pléaux).

La statue de l’abbé mesure exactement 3,70 mètres, reposant sur un socle métallique de 20 centimètres sur 88, amenant la hauteur totale à 3,90 mètres. Elle pèse 1800 kilogrammes.

Grâce aux généreuses concessions faites par la fonderie à Monseigneur Pagis, elle ne coûta que la modeste somme de 2500 francs. Point précieux à noter : contrairement aux statues de cette taille, celle-ci est d’une seule pièce, excepter le bras droit, dressé vers le ciel qui s’adapte invisiblement sous la saillie de la manche.

Le piédestal compte 14 assises dont plusieurs faites d’une seule pierre. Il mesure exactement 8,10 mètres sur une base de 4,24 mètres. Ce qui donne une hauteur totale de 12 mètres au monument.

Fondements, infrastructures et maçonnerie ont été exécutés par M. Teilhet, entrepreneur à Saint Christophe. Ce travail y compris le revêtement en pierre de taille nécessita 180 journées.

La pierre de taille, vient de Volvic, fournie par M. Chabus-Amblard a coûté 3200 francs.

Les 14 assises sont composées de 64 pierres, d’un volume total de 23,05 mètres cubes. Le mètre cube de pierres de Volvic taillée pèse en moyenne 2000 kilos, ce qui représente le poids énorme de 44 tonnes 610, ce qui valut 446,18 francs de frais de transport jusqu’à la gare de Drignac, à raison de 10 francs la tonne.

Il fallait au monument une grille en fer forgé pour le protéger des animaux qui paissaient à l’entour. Sortie des ateliers de M. Bornes, serrurier à Aurillac, elle mesurait 32 mètres de long sur 1,10 mètres de hauteur, pesait 609 kilos et coûta 650 francs.

L’abbé Maximin Lalande dés 1894 écrit un premier ouvrage sur la vie courte et tragique de François Filiol bientôt suivi d’un deuxième livre où il note avec soins les alliances et mariages des frères et sœurs du martyre.

Mais il était obsédé jour et nuit par l’idée d’une statue qui pourrait être érigée au sommet du puy de Bouval, le hameau même où était né le l’abbé Filiol. Le seul point d’interrogation qui se posait à lui était le financement d’une telle œuvre et à vrai dire, les premières personnes à qui il s’ouvrit de son pieux projet s’empressèrent de le décourager ; ce fut même le cas d’éminents ecclésiastiques dont nous préférons oublier les noms. Cependant l’évêque de Saint Flour, Mgr Lamouroux, l’évêque de Verdun, Mgr Pagis et bien d’autres prêtres plus humbles le poussèrent à se lancer dans la mise en œuvre de son rêve.

Mais l’argent était moins abondant qu’aujourd’hui dans les poches de nos modestes compatriotes et un écu (cinq francs) était une petite fortune, tandis qu’une pistole (dix francs) était déjà une belle somme ! Ne parlons pas du Louis d’or (20 francs) qui était d’ailleurs à l’époque frappé à l’effigie de la République.

L’abbé Lalande se décida donc à lancer une « souscription populaire ». Plus de trois cents personnes y participèrent suivant leurs possibilités et le promoteur de cette belle œuvre a publié d’ailleurs la lite de tous ceux qui ont cotisé pour une somme minimum de dix francs.

On relève dans cette liste les noms de dignitaires de l’Église mais aussi ceux de nombreux paysans, artisans, voisins très modestes de Bouval.

Au total, la souscription s’éleva à la somme de 4 722 francs 85 centimes. « C’était bien insuffisant pour couvrir tous les frais, écrit l’abbé Lalande, frais prévus ou imprévus, du monument expiatoire, lequel a coûté 11 000 francs. » Mais continue l’abbé « les 6 277 francs restés à notre passif nous donnent des droits incontestables et imprescriptibles sur le monument, droits que nous saurions revendiquer et faire valoir au besoin. »

A la lecture de la liste des souscripteurs, on est étonné de ne pas y voir figurer les noms de certains notables du village de Bouval, ce qui n’a pas échappé à l’abbé Lalande qui les défend avec une fougueuse vigueur explicative : « C’est eux qui voulurent bien se charger de transporter les matériaux, de la gare de Drignac ou de Loupiac au Puy de Bouval, travail difficile, pénible même et souvent périlleux. C’est eux qui, pendant plus d’un mois, consentirent à nourrir un nombre considérable d’ouvriers occupés aux fondements -6 mètres au carré sur 1 mètre 20 de profondeur- et à la maçonnerie dont la pierre de Volvic ne devait être que le revêtement. C’est eux enfin qui, avec l’autorisation du conseil municipal, nous cédèrent gratuitement l’emplacement nécessaire pour l’érection du monument, soit environ deux ares.(1)

 

(1) voir le registre des délibérations du conseil municipal de Barriac, réunion du 15 mars 1896, où se trouvent les signatures de M.M. Molinier, maire, Boudou, Lacroix, Deynac, Rey et Parra. Messieurs Fraignac, Chaumeil, Armand et Fayet absents.

Pierre Chaumeil

NB : le franc de 1896 équivaut en 2001 à un plus de huit francs.

 

Haut de page